Plaisir d’amour
Ne dure qu’un instant
Chagrin d’amour
Dure toute la vie…
La chanson populaire dont c’est le refrain dure depuis quelques siècles, et je l’écoute avec plaisir. Ce qu’elle dit n’est qu’un point de vue, mais c’est une compréhension de l’amour qui appartient à notre culture, puisqu’elle a traversé les siècles.
Qui suis-je pour proposer ce qui suit[1] ?
Chagrin d’amour
Ne dure qu’un certain temps
Plaisir d’amour
Dure toute la vie…
Pourtant, j’ose le dire : il correspond beaucoup plus justement à ce que je comprends, si l’on veut bien voir dans l’amour autre chose que les vagues du sentiment et du désir. Avec une petite restriction : au lieu de durer éternellement, le « plaisir d’amour » dure seulement « toute la vie », puisqu’on peut estimer nécessaire qu’un sujet soit là pour l’éprouver.
Juillet 2009
[1] un membre de cette culture…
C’est un de mes meilleurs souvenirs : tout le chemin qui mène de la douleur incroyable d’une colique néphrétique, jusqu’à un « état normal ».
Apaisement qui a amené, par contraste, un bien-être à l’échelle du cosmos.
Au réveil, ma bouche était pâteuse. Mais la morphine m’avait offert des heures inoubliables.
Vous souvenez-vous du passé du futur ? Quand j’étais enfant, il pouvait avoir deux visages : celui de la station spatiale, voire de la colonisation d’autres planètes, ou bien celui de la ville sous la mer.
Le futur n’est plus ce qu’il était…
Juillet 2005
A un instant donné, la population des francophones se divise en trois : ceux qui disent « blettes », ceux qui disent « bettes », et ceux qui ne connaissent pas ce légume.
J’oscille entre les deux premières positions.
Au marché ou à la cantine, quand j’utilise tel mot, on me reprend avec l’autre. Le mot « blettes » me semblait plus glissant, à cause des fruits qui peuvent l’être. Mais à l’oral, les deux mots sont problématiques.
L’autre soir, il y en avait pour le dîner. Je dis à ma fille de deux ans et demi :
- On va te servir des bettes.
- Je veux pas manger des coccinelles.
Février 2009
Quand j’avais une vingtaine d’années, j’ai étudié un an à Leeds, en Angleterre. Nous étions là-bas un groupe d’amis de diverses nationalités (dont quand-même quelques anglais !). On vivait tous sur le campus. On passait ensemble la plupart de nos soirées.
Les jeudis soir, on allait souvent au pub « The George », où l’on jouait du jazz. C’étaient des artistes différents à chaque fois ; on a écouté des formations et des instruments variés. Les concerts se passaient au sous-sol. La foule était chaleureuse. On était près des musiciens, qui étaient dans le même espace que nous : un verre à potée de main, ils buvaient comme nous, et on pouvait les toucher. On les accompagnait par notre écoute.
Ces quelques lignes ne correspondent pas du tout à ce que j’ai vécu. Pourtant, dans le détail, elles sont absolument indéniables. La façon dont « ça ne correspond pas du tout » n’est pas selon l’axe évaluatif, le long duquel une expérience ou un sentiment serait plutôt « positif » ou « négatif ». Le sujet de cet exemple (le jazz) est souvent pris selon cet axe. Or justement, je ne ressens rien, dans un sens ou dans l’autre, qui m’amènerait à dire : « En fait, ce n’étaient pas des moments agréables », ou à dire : « En fait, c’étaient des moments d’une intensité que l’on ne peut pas décrire avec des mots ».
Le fait d’avoir rendu compte de ces expériences avec des mots, pour indéniables qu’ils soient, engage malgré lui le lecteur (et celui qui les écrit ?) dans les « rails » de compréhension « standard » pour un sujet donné (en l’occurrence, bien illustrés par une pub des années 80 pour une bière). Le petit paragraphe ci-dessus me fait aller vers les circuits d’une interprétation en idéalisation de moments passionnés et chaleureux (qu’on adhère ou pas à ce genre d’idéalisation). Si j’en étais lecteur seulement, dans un roman par exemple, j’aurais une idée de ce qui est dit qui n’est pas juste (bien que tout soit vrai), et qui ne correspond pas à l’expérience singulière que j’en ai eu.
Difficile d’imaginer qu’un topos peut recouvrir des expériences singulières aussi différentes des « rails d’interprétation » vers lesquels il m’envoie.